vendredi 19 mai 2017

Stratégie antique

Bonsoir, aujourd'hui retour sur une période historique assez peu traitée par la bande-dessinée, les guerres puniques. Entre le troisième et le second siècle avant J.C. deux puissantes cités en expansion, Rome et Carthage, se livrèrent un affrontement sans merci pour assoir leur hégémonie sur la Méditerranée. Le manga Ad astra de Mihachi Kagano dont dix tomes sont parus depuis 2011 retrace la deuxième guerre punique en se concentrant en particulier sur la stratégie militaire et les personnalités des protagonistes.
Le titre fait référence à l'expression latine "ad astra per aspera" qui signifie "par des sentiers ardus jusqu'aux étoiles" et évoque la course incertaine vers la gloire. La deuxième guerre punique qui dura de 218 à 202 avant J.C. fut un conflit long et éprouvant où s'illustrèrent deux fameux stratèges adversaires, Hannibal Barca et Publius Cornelius Scipio qui obtint le surnom de Scipion l'Africain en emportant la lutte. C'est à travers ces deux protagonistes que l'on suit l'évolution de la situation géostratégique et politique de chaque camp, ainsi que les vies de leurs auxiliaires, essentiellement Ibères et Celtes, des populations civiles prises dans la tourmente, sans oublier les animaux de guerre - notamment les célèbres éléphants. C'est peu dire si le récit est épique et vraiment prenant, y compris pour les lecteurs pas spécialement adeptes de la bagarre, car même si les empoignades sanglantes ne manquent pas, il ne s'agit pas de violence gratuite. Toutes les batailles, les manœuvres tactiques qui les précèdent et les conséquences humaines qui s'en suivent sont décortiquées avec finesse par l'auteur. Le dessin un peu statique dans le premier tome s'améliore par la suite. En bref, une excellente série que je recommande à tous les amateurs de péplum dès le lycée.
Terminons par une vidéo en deux partie reconstituant quelques batailles de ce conflit, à bientôt !

jeudi 4 mai 2017

Sorcellerie décryptée

Bonsoir, aujourd'hui, présentation d'un essai d'ethnologie sur un sujet porteur de multiples fantasmes : la sorcellerie dans le monde actuel. Au-delà des clichés des vieilles femmes et vieux messieurs à chats, balais, longues barbes et chevelures blanches, qui sont réellement les sorciers contemporains et comment ces drôle d'individus pratiquent-ils leur art en France ? Les mots, la mort, les sorts de Jeanne Favret-Saada, publié en 1977, dresse un premier aperçu instructif de ce domaine après une enquête approfondi dans une communauté rurale.
L'autrice a débuté son enquête en 1969 dans le bocage mayennais, ses investigations lui ont pris plusieurs années et l'ont amenée à des conclusions qu'elle ne soupçonnait pas. L'essentiel de la sorcellerie ne réside pas tant dans la confection de charmes, rites et potions magiques - même si ces pratiques existent - que dans la relation d'emprise qui se noue entre un ensorceleur et sa victime. Personne ne parle ouvertement de magie, de peur de passer pour crédule ou simplet, mais lorsqu'une succession de malheurs s'abat sur une même personne, le doute n'est plus permis, il s'agit d'un sortilège. Par la parole, la simple présence physique, quelques gestes, et tout un ensemble de petits faits, imperceptibles aux profanes, les sorciers, en grands manipulateurs, terrorisent et poussent au malheur les proies désignées des forces occultes qui les habitent. Seul un désorceleur, c'est-à-dire une personne investie d'un pouvoir équivalent à celui de l'agresseur, et décidée à s'en servir pour protéger les victimes, peut venir à bout d'un sorcier. L'autrice elle-même fut prise par certains de ses interlocuteurs pour une sorcière, tant son intérêt pour le sujet la plaçait en position suspecte dans cet univers secret, aux frontières mouvantes, empli de violence et de mystère qu'il lui fallait rationaliser. Difficile de restituer un résumé pertinent de cette étude, entre promenade anthropologique, essai de psychologie et incursion en terre de rêves et de cauchemars, je conseille cette lecture troublante à tous les curieux dès le lycée.
Where I Rest par Audrey Kawasaki (2011)
Terminons sur un extrait de Fantasia, "L'apprenti sorcier" de Paul Dukas, à bientôt !

jeudi 20 avril 2017

Histoire globale jeunesse

Bonsoir, aujourd'hui retour à la littérature jeunesse que j'avais quelque peu délaissée avec un bel album documentaire, Nous, notre Histoire, paru en octobre 2014, scénarisé par Christophe Ylla-Somers, illustré et mis en couleurs par Yvan et Nicole Pommaux. Ambitieux précis d'Histoire mondiale à portée d'un jeune public.
Après quelques pages d'introduction décrivant la formation de la Terre et l'apparition des premiers organismes et animaux, nous entrons dans le vif du sujet. Un voyage à travers le temps et l'espace de plus de 150 000 ans relatant l'histoire de toute l'humanité. Les premiers humains ont vu le jour en Afrique avant de partir explorer et coloniser l'ensemble de la planète, créant des civilisations plus ou moins pérennes, fraternisant ou s'affrontant avec leurs voisins, inventant de nouvelles manières d'habiter, comprendre et raconter leur monde. La grande originalité de ce récit est de ne pas se focaliser sur le parcours de quelques grandes figures historiques mais de décrire l'évolution des populations à travers le vécu d'hommes, de femmes et d'enfants du commun. Les planches alternent les scènes intimes et épiques, les plans rapprochés de décors du quotidien, et les vues panoramiques d'une mappemonde changeante, soulignant la diversité des modes de vie des humains autant que les aspects qui les unissent, sans angélisme ni pessimisme. Le dessin fluide et expressif sert à merveille un propos didactique exempt de lourdeur. Il en résulte un excellent ouvrage que je conseille à tous les publics dès l'âge de huit ou neuf ans.
Terminons par une chanson entraînante aux influences cosmopolites, à bientôt !

jeudi 6 avril 2017

Conte défait

Bonsoir, je vous propose aujourd'hui un peu de fantasy ludique pour enchanter votre quotidien printanier, Château l'Attente/Castle Waiting de la dessinatrice américaine Linda Medley, volumineuse bande-dessinée, à l'origine série de comic books publiés entre 1996 et 2012, réunis en France en deux volumes parus en 2007 et 2011. Une relecture rafraichissante et originale des contes de fées.
L'histoire commence dans le lointain royaume de Putney, véritable fief de la Belle au bois dormant, la princesse Médora, dont l'histoire est contée en prologue par ses trois plus fidèles suivantes, devenues fort vieilles. Après avoir été réveillée par son prince charmant, l'ingrate les a abandonnées, comme tous les autres habitants de la région qui ont vite déserté ces lieux sinistrés. Depuis, la forteresse est devenu Château l'Attente, lieu d'asile d'une petite communauté hétéroclite. Outre les trois vieilles, on y trouve un forgeron mutique au cœur littéralement prisonnier d'une cage, un fringant chevalier cheval, un intendant échassier pontifiant, une veuve et son fils, demi-géant simplet, une religieuse issue d'un ordre iconoclaste de femmes à barbe, ainsi qu'une multitude de petits esprits malicieux, elfes ou démons, jeteurs de sortilèges. On découvre les destins de ces personnages par l'entremise de la dernière arrivée sous les combles de l'antique demeure, Jaime, jeune femme enceinte fuyant un mariage arrangé. Une sorte de suite rocambolesque de contes décousus revisités sur un mode ironique et tendre. Le dessin riche de détails et expressifs s'accorde parfaitement à l'atmosphère foutraque et apaisante du propos. Je conseille cette bande-dessinée à tous les rêveurs dès le collège.
Terminons sur un air de smooth jazz, à bientôt !