samedi 30 juillet 2016

Saisons et métamorphoses

Bonsoir, avant de laisser le blog en suspens pour un mois de vacances d'été, voici un bref retour à quelques productions pour la jeunesse abordant les thèmes de la métamorphose, du voyage et des grandes étapes de l'existence à travers d'agréables fictions peuplées d'animaux.
Que devient Dame Chenille/The Caterpillar and the Polliwog de Jack Kent, album paru en France en 1988, est le récit tendre et humoristique d'une double métamorphose zoologique.
Une jeune chenille, habitant au abords d'un étang, très pressée de grandir et d'accomplir son destin de papillon, se vante de sa prochaine métamorphose auprès de toutes les autres petites bêtes qu'elle croise. Celles-ci n'en ont cure ce qui blesse durement sa fierté. Elle fait cependant un jour la connaissance d'un têtard qui, au contraire, s’intéresse d'autant plus à sa métamorphose qu'il doit lui aussi en accomplir une pour parvenir à l'âge adulte, même s'il ignore encore quel genre d'animal il est destiné à être. Pourquoi pas un papillon, qui sait ? La chenille lui propose alors d'observer les étapes de sa propre transformation pour se faire une idée du chemin à parcourir. Le têtard contemple ainsi sa compagne construire son cocon et s'enfoncer dans de longues semaines de sommeil, tandis que lui-même sans s'en rendre compte, grandit et prend une forme inédite... Je conseille ce charmant album à l'histoire prenante et aux dessins ronds et expressifs à tous les publics dès la maternelle, idéal pour une leçon de biologie sur les métamorphoses naturelles !
Un autre parcours, et diverses métamorphoses nous sont contés dans La Tortue rouge, superbe film d'animation réalisé par Michaël Dudok de Wit - avec la participation des studios Ghibli - sorti ce mois-ci en France.
Le récit s'ouvre sur une nuit de tempête en pleine mer, les flots en furie malmène un jeune homme tombé de son embarcation jusqu'à le rejeter sur le rivage d'une petite île déserte tropicale. Au lever du jour, notre naufragé explore son nouveau territoire et tente d'y organiser sa survie le temps de se construire un radeau assez solide pour lui permettre de rejoindre la civilisation. Peine perdue, par trois fois ses navires de fortune sont détruits par une immense tortue à la carapace rouge qui semble veiller sur lui et l'intégrité de l'île, tout comme une escouade de petits crabes malicieux trottant toujours à sa suite. D'ennemie, la tortue devient peu à peu compagne et alliée dont la présence enclenche une série de péripéties que je me garderai de vous décrire afin de ne pas gâcher la surprise. L'intrigue est simple, les saisons d'une vie - amour, naissance, vieillesse et séparation - défilent sur le bout de terre isolé devenu le refuge d'une famille après avoir été une prison. Les éléments tout-puissants dictent leur loi et les habitants, humains et animaux, doivent s'accoutumer à leurs caprices aussi bien qu'à la beauté de leur cadre de vie. Je conseille vivement ce film d'une grande beauté à tous les publics dès l'âge de sept ou huit ans. Entièrement muette, cette robinsonnade onirique est une suite de magnifiques tableaux - le traitement des matières et des lumières est exceptionnel - formant un conte à portée universelle, une merveille à découvrir !
Terminons par une musique invitant au voyage, je vous souhaite un bel été, nous nous retrouverons en septembre pour de nouvelles découvertes !

samedi 16 juillet 2016

Evolution

Bonjour, ce week-end, face aux horreurs et bouleversements incessants de l'actualité, je vous propose de s'évader un peu avec de beaux livres, voyages imaginaires dans notre lointain passé et dans un possible futur. Commençons par Évolution : l'Histoire de l'homme d'Alice Roberts - chercheuse anglaise qui cumule les titre de docteur en médecine, "ostéo-archéologue" et anthropologue ! - publié en France en 2012, passionnant voyage à la recherche des origines humaines, présenté à travers une riche documentation et de magnifiques illustrations.
Les humains, comme les autres animaux, font partie du complexe buisson du vivant. L'évolution n'est pas un long fleuve tranquille qui aurait une finalité précise, elle dépend de multiples facteurs biologiques, géographiques et de mille hasards. Nous faisons partie d'une lignée de singes qui a produit de nombreuses espèces intelligentes avant, ou en parallèle, à la notre et a toujours partagé son territoire avec quantité d'autres créatures. Cet ouvrage retrace cette aventure, de l'apparition des premiers primates au cœur de l'Afrique, jusqu'à la fin de la préhistoire et l'émergence des premières grandes civilisations dans le croissant fertile. Il est illustré par des photographies des fouilles et des découvertes anthropologiques et archéologiques les plus récentes, ainsi que par des dessins et des portraits, saisissants de vitalité, réalisés par les frères Adrie et Alfons Kennis, "paléo-artistes" hollandais, spécialistes des reconstitutions d'humains et d'animaux. Le résultat est un excellent livre de vulgarisation, coloré et instructif, accessible à tous les publics dès le collège-lycée, idéal pour fournir des documents pédagogiques. 
Effectuons à présent un grand bon dans l'avenir avec Demain les Animaux du Futur de Sébastien Steyer, paléontologue, et Marc Boulay, sculpteur-illustrateur, ouvrage paru en 2015 imaginant un scénario possible d'évolution de notre monde.
Nous voici téléportés dans dix millions d'années, l'espèce humaine a disparu de la surface de la terre qui n'est pas dépeuplée pour autant. Océans, mangroves et déserts qui couvrent sa surface sont habités par une faune et une flore hétéroclites, aussi belles qu'étranges. Au fil des pages nous découvrons le gigantesque têtard des profondeurs, son voisin le pingouin à propulsion, la chauve-souris diurne aux ailes photosensibles, le perroquet carnivore, impitoyable prédateur et maître de tous les volatiles, devenus majoritaires sur l'immense continent unique qui représente l'ensemble des terres émergées... Ce bestiaire a été construit et mis en image d'après les scenarii évolutifs d'animaux actuels qui sont explicités dans des encarts présentant les bêtes et leurs lointains ascendants. Sachant la manière dont ils se sont métamorphosés par le passé, nous pouvons envisager des pistes possibles pour l'avenir. Au carrefour de la paléontologie et de la science-fiction, cette discipline se nomme biologie spéculative et attire autant les scientifiques que les rêveurs, certains auteurs comme Dougal Dixon, lui ayant déjà donné ses lettres de noblesse. Je conseille ce surprenant recueil à tous les amateurs de littérature imaginaire ainsi qu'aux passionnés de science dès le lycée, vous ne serez pas déçu ! Le site du livre pour en savoir un peu plus.
Terminons par une petite chanson pop, pas si innocente, à bientôt !

samedi 2 juillet 2016

Entr'acte en mosaïques

Bonjour, cet après-midi courte note artistique, je vous propose une sélection de mosaïques fameuses datant de l'antiquité romaine. Commençons par la mosaïque dite de l'Amour contrit, découverte à Aix-en-Provence, datant probablement du premier siècle avant notre ère, elle a été exposée l'an passé au musée Granet. Il s'agit d'un large pavement découvert dans l'enclos des Chartreux où volète un timide Éros potelé, égaré dans une basse-court de canards, palombes et tourterelles, bien loin des tourments de la passion qu'il est censé susciter !
La mosaïque de la bataille d'Issos, représente quand à elle la victoire d'Alexandre le Grand contre le roi de l'empire perse Darius III en 333 avant J.C lors de sa conquête de l'Asie. La scène est comme prise sur le vif, hommes, chars et chevaux capturés en pleine action dans le chaos du combat. Cette pièce de maître fut réalisée vers la fin du second siècle avant notre ère, on l'a retrouvée dans la maison dite du Faune - sans doute la demeure d'un riche propriétaire - à Pompéi, et elle est aujourd'hui visible au musée d'histoire de Naples que j'ai eu la chance de visiter lorsque j'étais au collège.
Et pour terminer deux œuvres de la célèbre villa du Casale en Sicile. Sise près de la ville de Piazza Armerina, cette demeure d'un probable magistrat impérial fut construite à la fin du troisième siècle après J.C. Elle abrite une trentaine de pièces ornées de 3500 m2 de mosaïques mettant en scène les sujets les plus divers, ci-dessous un fauve en chasse semblant surpris d'être prit sur le fait...
... et un bassin où s'abreuvent des colombes, doux spectacle bucolique.
 Terminons sur un air de percussions, à bientôt :)

vendredi 17 juin 2016

Orientalisme démythifié

Bonjour, ce matin en réponse à la rudesse de ce monde de brutes, un peu de douceur et quelques réflexions sur l'art, le pouvoir, l'érotisme et la beauté. En hommage aux victimes de la tuerie homophobe d'Orlando, une illustration essaimée sur la toile ces jours-ci.
Le Harem et l'Occident, paru en France en 2000, essai de la sociologue marocaine Fatema Mernissi, disparue l'an passé, est né d'une interrogation ethnologique. Alors en tournée promotionnelle d'un ouvrage autobiographique, l'auteure est confrontée à des sourires gênés ou égrillards à l'évocation du harem de Fès où elle passa son enfance. Ce qui n'est pour elle qu'un aspect de la vie familiale semble évocateur de fantasmes sensuels chez ses interlocuteurs. Quelle distance sépare les harems orientaux des oniriques harems occidentaux ?
Dans l'imaginaire occidental, qu'il s'agisse de la filmographie hollywoodienne ou des peintures orientalistes du dix-neuvième siècle, le harem est présenté comme une sorte de lieu orgiaque où les hommes peuvent jouir en toute tranquillité de multiples femmes réduites à l'état d'objets sexuels, toujours nues, consentantes et dépourvues de la moindre velléité de rébellion, à l'image de la grande odalisque d'Ingres en couverture, douce et passive. La réalité des harems est autrement plus complexe, ces appartements rassemblant les femmes et enfants d'une même famille, épouses, mères, filles et servantes, sont à la fois le décor de la vie quotidienne et une cage, modeste ou dorée, dont les habitantes tentent de s'émanciper, principalement par leur ingéniosité. L'histoire et les légendes des pays arabo-musulmans regorgent de femmes habiles à subvertir le pouvoir masculin grâce à leurs talents, à commencer par Shéhérazade dont l'aptitude à tenir son mari en haleine par ses contes durant mille et une nuits sauva sa vie et celle des femmes de leur royaume. L'intelligence féminine était une qualité à la fois désirée et redoutée, les esclaves lettrées et instruites dans tous les arts - peinture, rhétorique, etc - connaissaient des chances d'ascension si elles avaient l'honneur de plaire à leur maître, un peu à la manière des geishas, et nombre de sultanes sont connues pour avoir imposé d'importantes réformes en gouvernant à travers leurs époux ou leurs fils. Le paradoxe étant que les femmes européennes, à certaines époques, bénéficiaient d'un moins grand pouvoir, leur habileté stratégique étant moins reconnues, quoi qu’étant plus libres de mouvement. Si certaines thèses de l'auteure peuvent se discuter, je recommande néanmoins cet ouvrage au style aussi savant qu'impertinent qui ouvre des perspectives inattendues.
Ci-dessus, une miniature du seizième siècle illustrant la romance persane tragique de Khosrow et Shirin
La bande-dessinée du jour, Muraqqa, illustrée par Ana Mirallès et scénarisée par Emilio Ruiz, dont le premier tome a été publié en 2011, est un beau récit historique dépeignant avec grâce la vie dans un harem indien de la Renaissance.  
Le récit débute en Inde au début du dix-septième siècle, apogée de l'empire moghol. Priti, jeune peintre de vingt ans issue de la communauté jaïn, est mandée à la cour par l'empereur Jahângîr pour réaliser à la demande de sa nouvelle épouse, l'ambitieuse Nûr Jahân - impératrice longuement évoquée dans l'essai de Mernissi - un muraqqa décrivant l'existence des femmes de sa cour. Comme il est expliqué dans la planche ci-dessous - que je n'ai trouvée qu'en version allemande désolée ! - un muraqqa est un album réunissant des peintures, miniatures et calligraphies, le terme signifie littéralement "patchwork". Ces ouvrages précieux étaient destinés aux bibliothèques des plus hauts personnages et servaient, à l'instar des grands portraits des cours européennes, à montrer sa puissance aussi bien à ses adversaires qu'à ses alliés. Priti, jeune femme encore très innocente, habituée à la vie au grand air de son paisible village, se trouve donc introduite dans le harem impérial, palais-forteresse où la vie s'écoule dans une atmosphère à la fois nonchalante et tendue. A travers son regard on découvre les règles de vie très strictes et les luttes hiérarchiques entre ses habitantes, ainsi que les affaires politiques extérieures auxquelles participent les dames nobles, réalités contrastant avec la douceur du cadre et des activités quotidiennes. Je conseille vivement ce superbe album à tous les esthètes pour les illustrations et aux amateurs d'histoire pour la découverte de cette période et civilisation méconnues.
Et pour terminer, une envoûtante complainte de Natacha Atlas, chanteuse belge 
d'originaire anglo-égyptienne, à bientôt !