samedi 7 janvier 2017

2017 année durable

Bonjour et bonne année à tou-te-s, j'adresse mes meilleurs vœux et pensées au monde pour les douze prochains mois. 2017 est l'année du coq selon le calendrier chinois, le centenaire de la révolution russe, de l'entrée en guerre des États-Unis, de la bataille du chemin des dames et de bien d'autres faits historiques dont je vous épargne la liste. Les Nations Unies l'ont également proclamée année internationale du tourisme durable, vœu pieux pour préserver notre planète fragilisée par nos frénétiques activités. En attendant débutons l'année par des poèmes destinés à célébrer les mois et saisons à venir, composés par deux autrices contemporaines méconnues.
Rosemonde Gérard (1866-1953), poétesse et comédienne française, fut une artiste mondaine dont les talents furent célébrés dans son cercle de connaissances. Fille illégitime d'un conte, elle épousa Edmond Rostand, union et vie de famille heureuses qui laissèrent cependant sa propre œuvre dans l'ombre de celle de son époux. Le poème ci-dessous est illustré par la première vignette de l'année mythologique d'Eugène Grasset.

 La ronde des mois

Janvier prend la neige pour châle ;
Février fait glisser nos pas ;
Mars de ses doigts de soleil pâle,
Jette des grêlons aux lilas.

Avril s’accroche aux branches vertes ;
Mai travaille aux chapeaux fleuris ;
Juin fait pencher la rose ouverte
prés du beau foin qui craque et rit.

Juillet met les oeufs dans leurs coques
Août sur les épis mûrs s’endort ;
Septembre aux grands soirs équivoques,
Glisse partout ses feuilles d’or.

Octobre a toutes les colères,
Novembre a toutes les chansons
Des ruisseaux débordant d’eau claire,
Et Décembre a tous les frissons.

Janus-Janvier par Eugène Grasset (1913)

Louisa Paulin (1888-1944), poétesse occitane, est surtout connue dans le sud dont elle célébra la langue et la culture dans ses écrits, poèmes, articles de journaux, amorces de romans. Institutrice de formation, elle mena de front une carrière littéraire et académique brillante, couronnée par de nombreux prix, une vie bien remplie malheureusement endeuillée par la perte de ses enfants et la maladie.  

 La nouvelle année

 Nouvelle année, année nouvelle
Dis-nous, qu’as-tu sous ton bonnet ?
J’ai quatre demoiselles,
Toutes grandes et belles.
La plus jeune est en dentelle.
La seconde en épis,
La cadette est en fruits
Et la dernière en neige.
Voyez le beau cortège !
Nous chantons, nous dansons
La ronde des saisons.
Les quatre saisons de l'Autre Monde par Florence Magnin (née en 1950)
Terminons par quelques majestueuses vagues mises en musique, à bientôt !

dimanche 18 décembre 2016

Vers hivernaux

Bonsoir, l'hiver sera officiellement là dans trois jours. Avant de partir en vacances pour quelques semaines, je vous offre une courte note avec quelques poèmes de circonstances, pour célébrer les fêtes de fin d'année et l'arrivée de la saison froide. Le givre et, on l'espère bientôt en plaine, la neige arrivent. Retour aux plaisirs simples des activités d'intérieur et des promenades dans des jardins nus. Commençons par un poème pour enfants de Jacques Prévert (1900-1977), mille fois récité et mis en musique dans des centaines de classes.
Chansons pour les enfants, l'hiver

Dans la nuit de l'hiver
galope un grand homme blanc
c'est un bonhomme de neige
avec une pipe en bois
un grand bonhomme de neige
poursuivi par le froid
il arrive au village
voyant de la lumière
le voilà rassuré.
Dans une petite maison
il entre sans frapper
et pour se réchauffer
s'assoit sur le poêle rouge,
et d'un coup disparait
ne laissant que sa pipe
au milieu d'une flaque d'eau
ne laissant que sa pipe
et puis son vieux chapeau.

Dolor. Allégorie de l'hiver par Georg Hoefnagel (1589)
Continuons avec une petite œuvre de Guy de Maupassant (1850-1893), surtout connu pour ses contes et nouvelles naturalistes ou fantastiques, il s'est pourtant essayé à la poésie, en témoigne ces quatrains extraits du recueil Des vers paru en 1880.
Nuit de neige

La grande plaine est blanche, immobile et sans voix.
Pas un bruit, pas un son ; toute vie est éteinte.
Mais on entend parfois, comme une morne plainte,
Quelque chien sans abri qui hurle au coin d’un bois.

Plus de chansons dans l’air, sous nos pieds plus de chaumes.
L’hiver s’est abattu sur toute floraison ;
Des arbres dépouillés dressent à l’horizon
Leurs squelettes blanchis ainsi que des fantômes.

La lune est large et pâle et semble se hâter.
On dirait qu’elle a froid dans le grand ciel austère.
De son morne regard elle parcourt la terre,
Et, voyant tout désert, s’empresse à nous quitter.

Et froids tombent sur nous les rayons qu’elle darde,
Fantastiques lueurs qu’elle s’en va semant ;
Et la neige s’éclaire au loin, sinistrement,
Aux étranges reflets de la clarté blafarde.

Oh ! la terrible nuit pour les petits oiseaux !
Un vent glacé frissonne et court par les allées ;
Eux, n’ayant plus l’asile ombragé des berceaux,
Ne peuvent pas dormir sur leurs pattes gelées.

Dans les grands arbres nus que couvre le verglas
Ils sont là, tout tremblants, sans rien qui les protège ;
De leur œil inquiet ils regardent la neige,
Attendant jusqu’au jour la nuit qui ne vient pas.
Paysage d'hiver et bûcherons par Gijsbrecht Leytens (1617)
Terminons par une belle chanson mise en images avec des figures de coton d'une grande douceur, je vous retrouve d'ici un mois à la mi-janvier, bonnes fêtes à tou-te-s !

jeudi 1 décembre 2016

Time travel

Bonsoir, nous allons aborder aujourd'hui le thème du voyage dans le temps. Si certains prédisent la possibilité scientifique de voyager un jour dans l'espace-temps, le sujet a d'ores et déjà engendré pléthore d’œuvres dans tous les champs artistiques, des plus médiocres aux plus abouties. Des songes de H.G Wells jusqu'aux farces de Retour vers le futur, nombreux sont les auteurs à s'être laissé séduire par les splendeurs du passé ou de l'avenir. Nous nous intéresserons aujourd'hui à deux bande-dessinées - une fois n'est pas coutume ! - présentant des récits atypiques et burlesques de voyages temporels.
Lune de miel à l'âge de bronze premier tome de la série Chronosquad, paru en octobre 2016, scénarisé par Giorgio Albertini et illustré par Gregory Panaccione, mélange avec bonheur différents genres pour créer un récit de science-fiction inédit.
Paris de nos jours, le voyage temporel existe désormais depuis une trentaine d'années. Le procédé, quoique très onéreux, s'est banalisé, offrant notamment des destinations inédites à des touristes amateurs de retour aux sources et de sensations fortes. Une police temporelle, Chronosquad, a néanmoins été créée pour traquer les abus et négligences des voyageurs. Telonious Bloch, médiéviste passionné, vient tout juste d'intégrer cette fameuse brigade lorsqu'on lui confie une mission délicate. Retrouver deux adolescents fugueurs, ayant quitté leur club de vacances en Égypte antique après être entrés en contact par hasard avec des locaux rescapés d'une attaque de pirates crétois. La situation se complique encore lorsque sa collègue Penn est mandée en urgence par leurs supérieurs pour enquêter en parallèle sur une autre affaire fort curieuse. Le meurtre de plusieurs touristes dans une station de ski du Néolithique parmi lesquels un individu qui s'avère être un criminel dangereux évadé d'un bagne du Dévonien, monde préhistorique peuplé de fougères et poissons géants... Il en résulte un récit foisonnant et inventif qui tient le lecteur en haleine, servi par un dessin dynamique aux couleurs rendant à la perfection les différentes époques et ambiances. Je conseille vivement cette bande-dessinée, prévue en quatre tomes, aux publics amateurs d'histoire, de thrillers et de récits à suspense dès le lycée.
Passons à une bande-dessinée plus ancienne, Time is money, paru en version intégrale en juin 2016 rassemble les trois tomes d'un petit chef d’œuvre d'humour absurde d'abord publiés en épisodes dans le magazine Pilote entre 1969 et 1973. 
Sur  une lande inculte et désolée se dresse le manoir du professeur Stanislas, inventeur d'une machine à remonter le temps. Secondé par Timoléon, vendeur de machines à vapeur pour rouler des cigarettes dont il a fait son associé, l'excentrique savant escompte bien mettre à profit son invention pour devenir riche. Commercer à travers le temps en revendant dans le présent à prix d'or des œuvres et inventions acquises dans le passé et le futur. La première mission de Timoléon l'amène à négocier un portrait inédit de la Joconde avec un jeune Léonard de Vinci. Échec total car le célèbre inventeur s'avère déjà brillant technicien mais très médiocre dessinateur. S'ensuivent diverses aventures absurdes et loufoques durant lesquelles, entres autres, les deux compères se perdent dans un futur peuplé de machines temporelles et ramènent accidentellement un brontosaure dans la cave du manoir. Leur situation se complique encore lorsque Joseph le borgne, neveu du professeur Stanislas et trafiquant d'armes recherché par toutes les polices du pays, vient trouver refuge dans leur demeure et leur propose d'aller vendre des armes aux chefs de guerre du passé. Quoiqu'il arrive, comme le résume Timoléon, ils vont chercher la fortune dans le passé, l'avenir et se retrouvent toujours fauchés dans le présent... Je conseille cette excellente bande-dessinée, drôle, caustique et originale à tous les publics dès le collège, vous pouvez en avoir un aperçu numérisé ici.
Terminons par une belle chanson mélancolique sur le passage naturel des années, à bientôt !
 

mercredi 16 novembre 2016

Arrière-saison poétique

Bonjour, ce matin une courte note poétique autour de l'automne, douceur et mélancolie au programme pour s'évader de la rudesse du quotidien. 
Commençons par un poème de Cécile Sauvage (1883-1927), poétesse française autrice d'une œuvre aux accents romantiques tournée vers l'exaltation des sentiments, amour, maternité, passion mystique de la nature qui fut souvent caricaturée. Elle est peu connue du grand public, éclipsée notamment par la gloire de son fils, le compositeur Olivier Messiaen. Depuis quelques années on redécouvre ses travaux d'un œil moins condescendant, ce texte est extrait du recueil "Tandis que la terre tourne" publié en 1910.

Fuite d'automne

Sors de ta chrysalide, ô mon âme, voici
L’Automne. Un long baiser du soleil a roussi
Les étangs ; les lointains sont vermeils de feuillage,
Le flexible arc-en-ciel a retenu l’orage
Sur sa voûte où se fond la clarté d’un vitrail ;
La brume des terrains rôde autour du bétail
Et parfois le soleil que le brouillard efface
Est rond comme la lune aux marges de l’espace.
Mon âme, sors de l’ombre épaisse de ta chair
C’est le temps dans les prés où le silence est clair,
Où le vent, suspendant son aile de froidure,
Berce dans les rameaux un rêve d’aventure
Et fait choir en jouant avec ses doigts bourrus
La feuille jaune autour des peupliers pointus.
La libellule vole avec un cri d’automne
Dans ses réseaux cassants ; la brebis monotone
A l’enrouement fêlé des branches dans la voix ;
La lumière en faisceaux bruine sur les bois.
Mon âme en robe d’or faite de feuilles mortes
Se donne au tourbillon que la rafale apporte
Et chavire au soleil sur la pointe du pied
Plus vive qu’en avril le sauvage églantier ;
Cependant que de loin elle voit sur la porte,
Écoutant jusqu’au seuil rouler des feuilles mortes,
Mon pauvre corps courbé dans son châle d’hiver.
Et mon âme se sent étrangère à ma chair.
Pourtant, docilement, lorsque les vitres closes
Refléteront au soir la fleur des lampes roses,
Elle regagnera le masque familier,
Et, servante modeste avec un tablier,
Elle trottinera dans les chambres amères
En retenant des mains le sanglot des chimères.

Coup de vent par Lucien Lévy-Dhurmer (1910)
Marie Krysinska (1857-1908), poétesse et écrivaine française d'origine polonaise, elle est également autrice de très nombreux articles sur l'art, la littérature et la musique. On la connait en outre pour être la seule femme membre permanent du groupe des Zutistes.  Le poème ci-dessous est issu du recueil Rythmes pittoresques, paru en 1890.

Chanson d'automne 

Sur le gazon déverdi, passent – comme un troupeau d’oiseaux chimériques – les feuilles pourprées, les feuilles d’or.
Emportés par le vent qui les fait tourbillonner éperdûment. –
Sur le gazon déverdi, passent les feuilles pourprées, les feuilles d’or. –

Elles se sont parées – les tristes mortes – avec une suprême et navrante coquetterie,
Elles se sont parées avec des tons de corail, avec des tons de roses, avec des tons de lèvres ;
Elles se sont parées avec des tons d’ambre et de topaze.

Emportées par le vent qui les fait tourbillonner éperdûment,
Elles passent avec un bruit chuchoteur et plein de souvenirs.
Les platanes tendent leurs longs bras vers le soleil disparu.

Le ciel morose pleure et regrette les chansons des rossignols ;
Le ciel morose pleure et regrette les féeries des rosiers et les fiançailles des papillons ;
Le ciel morose pleure et regrette toutes les splendeurs saccagées.

Tandis que le vent, comme un épileptique, mène dans la cheminée l’hivernal orchestre,
Sonnant le glas pour les violettes mortes et pour les fougères,
Célébrant les funérailles des gardénias et des chèvrefeuilles ;

Tandis que derrière la vitre embuée les écriteaux et les contrevents dansent une fantastique sarabande,
Narguant les chères extases défuntes,
Et les serments d’amour – oubliés.
Forge Valley, Scarborough par John Atkinson Grimshaw (1877)
 Terminons en musique avec un hommage à Leonard Cohen, à bientôt !