dimanche 18 septembre 2016

Variations Holmes

Bonjour, aujourd'hui nous allons nous intéresser au destin d'une légende, j'ai nommé Sherlock Holmes, le célébrissime détective créé en 1887 par Sir Arthur Conan Doyle qu'il introduisit par sa fameuse nouvelle Une étude en rouge. Ce personnage a vécu de multiples et trépidantes aventures sous la plume de son créateur avant de connaître, à la mort de celui-ci, une abondante postérité. Ecrivains, cinéastes et scénaristes les plus divers s'étant emparé du mythe pour le tourner à leur sauce. Je me propose ce matin de vous faire découvrir deux variations de Sherlock Holmes dans des registres totalement opposés. 
Baker Street, série de bande-dessinée comptant cinq tomes parus entre 1999 et 2008, scénarisée par Pierre Veys et illustrée par Nicolas Barral, parodie avec talent et un flegme tout britannique les aventures du célèbre détective. 
Je conseille en particulier le second tome, Sherlock Holmes et le Club des Sports dangereux, le plus réussi à mes yeux. Holmes et son fidèle ami et assistant, le docteur Watson, mènent dans ce récit plusieurs enquêtes de front. Il leur faut élucider le mystère des multiples disparitions du quais de Limehouse, résoudre le cas de la mort suspecte d'un membre de l’éminent Club des Sports dangereux - repère d'aristocrates adeptes de jeux aussi farfelus que suicidaires - et retrouver au passage "Jack le Moustacheur", hors-la-loi connu pour profaner d'une moustache les portraits officiels de la reine... Nous retrouvons tous les personnages des romans de Conan Doyle caricaturés à plaisir tout en restant assez fidèles à leur caractère de base. Holmes est un vaniteux excessif aux raisonnements abscons, Watson, un épicurien colérique jusqu'à l'hystérie, l'inspecteur Lestrade, un parfait abruti et madame Hudson, la logeuse, une alcoolique spécialiste dans la confection de mets répugnants comme la méduse aux câpres, pour n'en citer qu'un. La narration dynamique et humoristique regorgeant de situations absurdes couplée à des dialogues châtiés et un dessin semi-réaliste très détaillé et expressif font de cette série un vrai bonheur de lecture pour rire et déboulonner un peu le mythe !
Poursuivons avec Mr. Holmes, film touchant et un brin mélancolique réalisé par Bill Condon en 2015 d'après le roman de Mitch Cullin Les Abeilles de monsieur Holmes/A Slight Trick of the Mind publié dix ans plus tôt.
Nous sommes en 1947, Holmes est désormais un vieillard solitaire de quatre-vingt-treize ans, son frère Mycroft et son fidèle ami Watson sont morts, il habite depuis sa retraite dans une paisible demeure du Sussex où il élève des abeilles en compagnie de sa gouvernante, veuve, et du jeune fils de celle-ci. Sa santé se fragilise, sa mémoire lui joue des tours, symptômes qui le poussent à remonter le fil de ses souvenirs pour tenter de résoudre une ultime enquête, une affaire non résolue l'a poussé à prendre sa retraite trente ans plus tôt. Il avait en outre interdit à Watson de consigner les faits ce qui ne facilite pas sa tâche. C'est un voyage intimiste dans la mémoire, un huis clos situé entre plusieurs époques, divers pays, auquel nous convient les auteurs. Holmes tente d'abord de se servir de sa science pour retrouver ses souvenirs mais c'est finalement l'émotion, et la présence d'un enfant auprès de lui qui finira par lui apporter la clef de son énigme. C'est aussi une belle réflexion sur la fiction et les mythes puisque le personnage de Holmes s'avèrent aux yeux de ceux qu'ils croisent bien différent de celui qu'ils avaient imaginé, et qu'il tisse lui même le récit de ses aventures, et de ceux qui l'ont croisé, pour parvenir à approcher la réalité. Je conseille vivement ce film délicat et sensible à tous les publics dès le lycée.
Terminons sur un morceau de soul, à bientôt !
 

samedi 3 septembre 2016

En harmonie

Bonjour, de retour pour le mois de septembre, en espérant que vos congés estivaux furent heureux et paisibles, nous reprendrons le fil du blog en douceur avec quelques productions picturales évocatrices de bien-être et d'harmonie après le chaos dans lequel nous avons plongé durant ces mois d'été. Débutons par une œuvre de Paula Modersohn-Becker (1876-1907), Zwei sitzende Kinderakte/Deux enfants assis. Peintre allemande, son trait particulièrement vivant et original - comme on peut le voir dans cette mise en scène de deux bambins aux grands yeux éveillés - la propulsa parmi les premiers représentants du mouvement expressionniste dans son pays. Elle est décédée prématurément à la naissance de sa fille sans avoir connu la reconnaissance pour son travail. Ses tableaux connaissent actuellement un regain de notoriété outre-Rhin.   
Poursuivons avec Ornamentos sagrados, œuvre extraite du Chant du monde, ensemble de dix tapisseries réalisées par le peintre Jean Lurçat (1892-1966) entre 1957 et 1965. Dix différentes scènes évoquant les morts destructions causées par la Seconde guerre mondiale et s'acheminant peu à peu vers les représentations d'une humanité apaisée et tournée vers l'harmonie et la communion avec l'art et la beauté. Les formes, motifs et couleurs se confondent avec les personnages, réconciliés avec leur univers. Cette œuvre a été en partie inspirée à l'artiste par la découverte de la tenture de l'Apocalypse que l'on peut admirer au château d'Angers.
Terminons notre revue par un peu d'érotisme, Naiad/Naïade tableau d'Arnold Böcklin (1827-1901), réalisé en 1887. Peintre symboliste suisse, son œuvre traite essentiellement de représentations mythiques déclinées sur un ton à la fois épique, ironique et tendre à l'image de ce joli couple d'amants maritimes, en rupture nette par rapport aux productions très académiques qui avaient court à l'époque.
En conclusion, un hommage à Myriam Makeba par Jain, chanteuse pop aux multiples influences, mon coup de cœur de cet été, à bientôt !

samedi 30 juillet 2016

Saisons et métamorphoses

Bonsoir, avant de laisser le blog en suspens pour un mois de vacances d'été, voici un bref retour à quelques productions pour la jeunesse abordant les thèmes de la métamorphose, du voyage et des grandes étapes de l'existence à travers d'agréables fictions peuplées d'animaux.
Que devient Dame Chenille/The Caterpillar and the Polliwog de Jack Kent, album paru en France en 1988, est le récit tendre et humoristique d'une double métamorphose zoologique.
Une jeune chenille, habitant au abords d'un étang, très pressée de grandir et d'accomplir son destin de papillon, se vante de sa prochaine métamorphose auprès de toutes les autres petites bêtes qu'elle croise. Celles-ci n'en ont cure ce qui blesse durement sa fierté. Elle fait cependant un jour la connaissance d'un têtard qui, au contraire, s’intéresse d'autant plus à sa métamorphose qu'il doit lui aussi en accomplir une pour parvenir à l'âge adulte, même s'il ignore encore quel genre d'animal il est destiné à être. Pourquoi pas un papillon, qui sait ? La chenille lui propose alors d'observer les étapes de sa propre transformation pour se faire une idée du chemin à parcourir. Le têtard contemple ainsi sa compagne construire son cocon et s'enfoncer dans de longues semaines de sommeil, tandis que lui-même sans s'en rendre compte, grandit et prend une forme inédite... Je conseille ce charmant album à l'histoire prenante et aux dessins ronds et expressifs à tous les publics dès la maternelle, idéal pour une leçon de biologie sur les métamorphoses naturelles !
Un autre parcours, et diverses métamorphoses nous sont contés dans La Tortue rouge, superbe film d'animation réalisé par Michaël Dudok de Wit - avec la participation des studios Ghibli - sorti ce mois-ci en France.
Le récit s'ouvre sur une nuit de tempête en pleine mer, les flots en furie malmène un jeune homme tombé de son embarcation jusqu'à le rejeter sur le rivage d'une petite île déserte tropicale. Au lever du jour, notre naufragé explore son nouveau territoire et tente d'y organiser sa survie le temps de se construire un radeau assez solide pour lui permettre de rejoindre la civilisation. Peine perdue, par trois fois ses navires de fortune sont détruits par une immense tortue à la carapace rouge qui semble veiller sur lui et l'intégrité de l'île, tout comme une escouade de petits crabes malicieux trottant toujours à sa suite. D'ennemie, la tortue devient peu à peu compagne et alliée dont la présence enclenche une série de péripéties que je me garderai de vous décrire afin de ne pas gâcher la surprise. L'intrigue est simple, les saisons d'une vie - amour, naissance, vieillesse et séparation - défilent sur le bout de terre isolé devenu le refuge d'une famille après avoir été une prison. Les éléments tout-puissants dictent leur loi et les habitants, humains et animaux, doivent s'accoutumer à leurs caprices aussi bien qu'à la beauté de leur cadre de vie. Je conseille vivement ce film d'une grande beauté à tous les publics dès l'âge de sept ou huit ans. Entièrement muette, cette robinsonnade onirique est une suite de magnifiques tableaux - le traitement des matières et des lumières est exceptionnel - formant un conte à portée universelle, une merveille à découvrir !
Terminons par une musique invitant au voyage, je vous souhaite un bel été, nous nous retrouverons en septembre pour de nouvelles découvertes !

samedi 16 juillet 2016

Evolution

Bonjour, ce week-end, face aux horreurs et bouleversements incessants de l'actualité, je vous propose de s'évader un peu avec de beaux livres, voyages imaginaires dans notre lointain passé et dans un possible futur. Commençons par Évolution : l'Histoire de l'homme d'Alice Roberts - chercheuse anglaise qui cumule les titre de docteur en médecine, "ostéo-archéologue" et anthropologue ! - publié en France en 2012, passionnant voyage à la recherche des origines humaines, présenté à travers une riche documentation et de magnifiques illustrations.
Les humains, comme les autres animaux, font partie du complexe buisson du vivant. L'évolution n'est pas un long fleuve tranquille qui aurait une finalité précise, elle dépend de multiples facteurs biologiques, géographiques et de mille hasards. Nous faisons partie d'une lignée de singes qui a produit de nombreuses espèces intelligentes avant, ou en parallèle, à la notre et a toujours partagé son territoire avec quantité d'autres créatures. Cet ouvrage retrace cette aventure, de l'apparition des premiers primates au cœur de l'Afrique, jusqu'à la fin de la préhistoire et l'émergence des premières grandes civilisations dans le croissant fertile. Il est illustré par des photographies des fouilles et des découvertes anthropologiques et archéologiques les plus récentes, ainsi que par des dessins et des portraits, saisissants de vitalité, réalisés par les frères Adrie et Alfons Kennis, "paléo-artistes" hollandais, spécialistes des reconstitutions d'humains et d'animaux. Le résultat est un excellent livre de vulgarisation, coloré et instructif, accessible à tous les publics dès le collège-lycée, idéal pour fournir des documents pédagogiques. 
Effectuons à présent un grand bon dans l'avenir avec Demain les Animaux du Futur de Sébastien Steyer, paléontologue, et Marc Boulay, sculpteur-illustrateur, ouvrage paru en 2015 imaginant un scénario possible d'évolution de notre monde.
Nous voici téléportés dans dix millions d'années, l'espèce humaine a disparu de la surface de la terre qui n'est pas dépeuplée pour autant. Océans, mangroves et déserts qui couvrent sa surface sont habités par une faune et une flore hétéroclites, aussi belles qu'étranges. Au fil des pages nous découvrons le gigantesque têtard des profondeurs, son voisin le pingouin à propulsion, la chauve-souris diurne aux ailes photosensibles, le perroquet carnivore, impitoyable prédateur et maître de tous les volatiles, devenus majoritaires sur l'immense continent unique qui représente l'ensemble des terres émergées... Ce bestiaire a été construit et mis en image d'après les scenarii évolutifs d'animaux actuels qui sont explicités dans des encarts présentant les bêtes et leurs lointains ascendants. Sachant la manière dont ils se sont métamorphosés par le passé, nous pouvons envisager des pistes possibles pour l'avenir. Au carrefour de la paléontologie et de la science-fiction, cette discipline se nomme biologie spéculative et attire autant les scientifiques que les rêveurs, certains auteurs comme Dougal Dixon, lui ayant déjà donné ses lettres de noblesse. Je conseille ce surprenant recueil à tous les amateurs de littérature imaginaire ainsi qu'aux passionnés de science dès le lycée, vous ne serez pas déçu ! Le site du livre pour en savoir un peu plus.
Terminons par une petite chanson pop, pas si innocente, à bientôt !